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Réflexion et Pensée du Jour pour un Lendemain !

Plaidoyer pour des Bibliothèques publiques en R.C.A. Par Léon Kidjimalé Grant

Plaidoyer pour des Bibliothèques publiques en R.C.A.

Par Léon Kidjimalé Grant

Ah ! la Centrafrique ! Ah ! Bangui que je connais le mieux! Un Pays et/ou une ville sans une Grande Bibliothèque publique est un Pays et/ou une ville, sans cervelle et sans âme !  L’Éducation populaire, socle du vivre-ensemble, a besoin d’un Lieu où souffle l’esprit ! En Tunisie, mon ami qui occupe un poste important au Ministère de l’Éducation nationale, s’était laissé convaincre par moi! Ils ont même des bibliothèques.ambulantes qui desservent les provinces et les campagnes du Pays. Et oui ! Nul n’est prophète chez soi…

Ah! Centrafrique! Pays où les seuls lieux d’évasion sont les bars à alcool !

Comment n’ y a-t-on jamais pensé ? Il n’ y a rien ni une minuscule bibliothèque… C’est « merveilleusement » Navrant !

Pourquoi éduquer un Peuple que l’on veut abrutir ? Il y a peut-être une » nolonté » (négation d’une volonté) politique qui nous dépasse, car ceux qui ont été aux affaires successivement au Pays, sont loin d’être tous des idiots.

J’ai du mal à comprendre que quelqu’un qui avait fréquenté le Centre Beau-bourg,ou Georges Pompidou, etc… ou la Bibliothèque Sainte Geneviève (que j’affectionne), ou plus simplement les petites bibliothèques de quartier qu’il y a dans toutes les communes de France et de Navarre, n’ait point pensé voir quelque chose de telle dans son Pays…

Franchement pathétique !

Après que l’on ne s’étonne pas que cette Jeunesse détourne sa force de vie vers la bestialité ou la destruction !

Les trois dernières : celle du Centre Protestant qui m’a forgée, le Centre Culturel Français parti en fumée, et le Centre Culturel Américain où je m’y rendais les samedi perfectionner mon Anglais, ont tous fermé, plongeant ainsi les esprits jeunes dans l’obscurité…

A Bangui, je serai mort avant tout d’ennuis ou je me serai asséché et dégénéré progressivement …

Il y a certes Internet, mais cette marche vers les lieux où se trouvent des ouvrages anciens ou neufs et des lecteurs, ce silence, la lecture gratuite des journaux, ou simplement s’asseoir, se poser pour « tuer » le temps – est irremplaçable …

Je comprends donc les parents qui, de passage, veulent ou lorgnent d’envie ma superbe bibliothèque. patiemment constituée , et toujours inachevée …

NB : Il s’agit d’interpeller les autorités qu’une Bibliothèque nationale , donc publique , expression d’une volonté politique doit être construite. C’est une nécessité. Le Président François Mitterrand avait en son temps pris, seul, une telle décision, puis les moyens ont suivi.

LKG

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Le Sultanat de Dar-El-Kouti et la fuite, 103 ans plus tard ou pour qui (re) sonnera le glas ! Par : Léon Kidjimalé Grant

Le Sultanat de Dar-El-Kouti et la fuite,

103 ans plus tard ou pour qui (re) sonnera le glas !

Par : Léon Kidjimalé Grant

Dar-El-Kouti- LKG(fin)

 

La politique, comme un apprentissage de la démocratie par l’exercice du pouvoir électif de la base au sommet éventuel de l’état !

La politique, comme un apprentissage de la démocratie par l’exercice du pouvoir électif de la base au sommet éventuel de l’état !

par Léon Kidjimalé Grant (18 décembre 2013)

image003Les réactions des Frères Adolphe Pakoua, Jean-Bosco Péléket et Paul Sadam à la tribune, « Du pays et des hommes », du 11/12/2013, ont contribué à élargir la problématique. Il vient que la dualité pays et hommes va de paire, et forme un couple indissociable sur le plan de la réflexion. Par conséquent, le terme « Centrafrique, pays des paradoxes », est une façon de mettre en exergue, l’asymétrie qui est que des hommes et des femmes vivent pauvrement dans un pays potentiellement très riche !

 Le manque de prise de conscience, nous l’avions très souvent souligné, y est pour beaucoup. D’où la question subsidiaire, – Comment faire prendre conscience aux hommes et aux femmes de la mauvaise gouvernance ? Il en a aussi été question. D’où l’autre question implicite – Comment parvenir à la bonne gouvernance ?

 Une autre question, aussi pertinente, me semble-t-il, est : À qui revient le devoir d’interpeller ? *

 A ces trois questionnements, plusieurs pistes ou indications ont été apportées à travers nos réflexions ici ou ailleurs. Il appartient donc, à chacun de se les approprier, de les fructifier et de les traduire en acte. Comme me faisait savoir un compatriote, à quelque chose malheur est bon. En clair, ce grand malheur, que la Séléka a apporté et/ou a fait éclore, est une occasion pour solder le compte archinul de l’état centrafricain, de faire un état des lieux, et de reconstruire avec de nouveaux matériaux sains et solides. Et ces nouveaux matériaux incluent aussi bien les hommes que les idées novatrices qu’ils peuvent apporter.

Une chose est certaine : « Celui qui peut le plus, peut le moins » dit l’adage!

 Autrement dit, celui qui n’a pas su réussir le moins, ne pourra pas réussir le plus. Il est fort rare de voir dans le monde politique, des personnes sorties de nulle part, parvenir au niveau le plus élevé de l’État, (sauf certains dictateurs, ceux qui prennent les armes pour ce faire…)

 Dans les grandes démocraties, il apparaît souvent que les politiques, avant de parvenir à l’exercice du pouvoir de l’État en tant que Ministres ou Chef de l’Etat, ont subi les épreuves des urnes dans des localités plus modestes : cantons, mairies, départements et régions (ou élections européennes). Ils ont donc, pour la plupart, appris la gestion du pays, des hommes et des biens publics à moindre échelle. Beaucoup de pays africains se sont inspirés de cette pratique, Je citerai la Cote d’Ivoire, le Sénégal, le Congo-Brazzaville… Je ne dis pas que ce sont de parfaites réussites. Mais ce sont là, des degrés indispensables où s’apprennent les pratiques du métier de politiques. C’est à ce niveau, parfois modeste, que l’homme politique s’imbibe de connaissances, d’expériences pratiques dans la gestion juste et équitable des hommes et des ressources dont il a la charge. Oui, la politique est un métier exigeant des étapes, une vraie école. Malheureusement, il n’y a qu’en R.C.A. qu’on devient un homme politique du jour au lendemain, avec assez souvent des responsabilités dont on ignore le poids, parce qu’on n’a jamais été une seule fois de sa vie, à l’épreuve de telles charges !

 Nous pouvons remonter aussi loin que l’on veut. Le dernier qui avait été député-maire, fut Barthélémy Boganda. Si je ne m’abuse, je ne connais pas d’autres, puisque l’Assemblée Nationale a été supprimée par le Colonel Bokassa, après le coup d’état de la Saint-Sylvestre. Les maires sont le plus souvent nommés par le pouvoir. L’on sait que « qui nomme, commande ». Alors que quand on détient sa légitimité des urnes, l’on a des comptes à rendre aux électeurs à partir du projet qui avait recueilli leur adhésion. Donc, le citoyen centrafricain a été toujours écarté de la chose publique déjà à la base. Cette pratique, soit dit en passant, arrange tous les partis politiques, qui voient ainsi leur pouvoir s’élargir jusqu’à l’extrême et jusqu’aux fins fonds du pays. Le président en Centrafrique dispose d’un pouvoir quasi-royal absolu. Il peut sortir n’importe quel quidam de nulle part, et faire de lui un demi-dieu. La pratique se fait de façon concentrique : les plus proches parents, les proches du clan et de la région du Prince, les proches par alliance, les amis que l’on va chercher dans d’autres ethnies ou zones géographiques ou partis politiques. Bref, c’est ainsi ; L’on refait la même construction au niveau de l’Armée, et des secteurs économiques et financiers clés de l’état. Nous voilà, face à un démembrement du Prince, qui gouverne partout, par individus interposés et nommés, donc ne devant des comptes qu’à lui seul…

Les élections présidentielles et législatives prochaines obéiront encore à ces schémas. Par conséquent, les causes seront les mêmes, du fait que la réalité du pouvoir est détenu par un Président, qui saura comment s’assurer la fidélité de la majorité des Parlementaires…

 Il faut donc changer cette pratique, par une prise de conscience du plus grand nombre de la population. Ce sont les élections municipales, puis cantonales qu’il convient de privilégier.

L’une conduit à élire un maire et des conseillers municipaux proches de la population à partir de projets concurrents. L’autre, à élire un Président de Région. Bref, un changement constitutionnel s’impose à l’issue de cette grande crise que nous traversons. Nos élites politiques sortiront dorénavant du terrain où ils auraient fait leur preuve, et non de par la volonté du Prince élu ou autoproclamé. Depuis M. David Dacko,  jusqu’à présent, nous mesurons les conséquences d’un tel manquement ! Et si nous souhaitons ne plus revivre le calvaire de la mauvaise gouvernance qui a toujours présidé au destin de notre pays, il est de notre devoir de comprendre que nous ne pouvons pas faire autrement que de donner la parole au peuple, et cela à tous les niveaux, pour lui permettre de faire librement ses choix.

L’apprentissage de l’exercice du pouvoir exige des étapes obligés, surtout du temps et un bon encadrement. L’on ne saurait changer de corps de métier quelconque, et s’affirmer ou s’autoproclamer politique. Le mot métier provient du mot « misterium » en latin populaire, contraction du terme «ministerium» en latin classique , signifiant à l’origine «besoin», puis «service de détail», «office» , qui donne par suite en français moderne les mots.(wikipédia)

 Donc nul besoin d’être nommé ministre pour l’être. L’on doit donc cesser de considérer de devenir Ministre pour s’estimer homme ayant parvenu. Tout métier est un ministère. Celui du politique qui a fait patiemment ses classes et ses apprentissages, peut le conduire au gouvernement ou au sommet de l’état.

 Nous découvrons d’ailleurs en ces temps qui sent une  fin de règne, à quel point, il est dérisoire d’être fait ministre. Hier et encore récemment, trois ont été congédiés comme de vulgaires domestiques. Etre nommé c’est s’asseoir sur une chaise éjectable, de tout instant et à tout moment. Il est préférable d’être élu.

SINGUILA  na SIRIRI.

* Ce devoir incombe à tous les citoyens et citoyennes instruits ou avertis des conséquences que peuvent engendrer la mauvaise gouvernance, justement.

 Et nous apprenons cette leçon de la plus dure des façons: non paiement des salaires, tribalisme et clanisme, violences physiques et morales patiemment contenues au-delà du supportables; une Armée politisée, tribalisée et négligées…Bref les signaux étaient au rouge vif depuis fort longtemps. Il ne restait plus qu’à faire le lit de la Séléka, par l’avant dernier locataire du Palais de la Renaissance pour que le malheur accourt!

 La politique est donc affaire de tous.

Léon Kidjimalé Grant

A lire sur le même sujet :

http://afriquenewsblog.wordpress.com/2013/11/11/centrafrique-le-code-electoral-bis-repetita/

CENTRAFRIQUE : LE CODE ELECTORAL : BIS REPETITA.

CENTRAFRIQUE : LE CODE ELECTORAL : BIS REPETITA.

11 novembre 2013 – Adolphe PAKOUA – Publié par afriquenewsblog.wordpress.com 

image005Pas moins de trois semaines après le passage à BANGUI du ministre Français des Affaires Étrangères où ce dernier a presque tancé les autorités de cette coquette capitale devenue fantomatique, le nouveau code électoral a, presque comme sur un coup de baguette magique, surgi des profondeurs du néant pour faire surface.

Comme quoi, depuis la sortie de la colonisation, les centrafricains n’ont pas encore intégré la notion d’indépendance. Ce qui explique pourquoi les hommes politiques de ce pays ont toujours eu besoin d’un bon coup de pied dans le derrière pour faire la tâche qui relève de leurs responsabilités ou pour quitter le pouvoir. Les coups d’État s’enchaînent dans ce pays à cause, en grande partie, de cette incompréhension qui fait que les hommes politiques ne sont pas des hommes responsables, au sens large du terme.

Sans prétendre posséder dans notre sac de connaissances et d’expériences les fondements juridiques pouvant nous aider à faire une analyse judicieuse du nouveau code électoral qui permettra au pays de se doter d’institutions solides, des organes qui naîtront des élections à venir, notre modeste perspicacité nous permet de nous rendre compte qu’en dehors des éléments des accords de Ndjaména initiés déjà par les accords de Libreville et greffés sur le nouveau code électoral, presque pas grand chose a été changé par rapport à ce qui existait déjà. Les grandes lignes des élections présidentielle et législatives ont été retenues à peu de chose près dans les mêmes termes. Ceci n’est pas fondamentalement une critique négative si l’on sait que les éléments essentiels du code précédent, repris dans le nouveau code, sont tout ce qu’il y a de positif et de consensuel.

La grosse critique que nous formulons à l’égard du travail accompli, c’est d’établir un code électoral qui ne concerne que l’élection présidentielle et les élections législatives. Les communes sont, elles aussi, des entités qui nécessitent que les hommes et les femmes chargés de les administrer, émanent eux aussi du choix du peuple.

La nomination des délégations spéciales par le pouvoir établi est une grosse entorse à la démocratie. Or la transition doit permettre au pays de se doter d’institutions fortes, fortes dans le sens de la démocratie, pour éviter de retomber dans les travers qui ont conduit le pays dans l’enfer où il se trouve plongé.

Ne dit-on pas que la famille est la cellule de base de la société, de la communauté ? De même, la commune (ou le village ) n’est-elle pas la cellule de base d’une organisation sociale élargie ?

Les équipes de la transition doivent veiller à ce que la démocratie s’installe véritablement en CENTRAFRIQUE. C’est dire qu’il faut tout mettre en œuvre pour que les vieilles pratiques, qui ont fait malicieusement le lit d’hommes politiques arrivistes ou parvenus, retournent dans leur matrice, pour ne plus jamais revoir le jour.

En CENTRAFRIQUE, il y a une petite commune qui, il y a une dizaine d’années, avait un budget équivalant à celui de la grande ville de BANGUI. Elle brassait des millions, pour ne pas dire quelques milliards dont elle ne savait même pas l’existence.

Par le fait de la nomination des délégations spéciales, le maire, sous la pression du préfet et des sous-préfets de la région, se partageait les sous avec ces derniers, parce que d’eux dépendait son maintien à la tête de la mairie. Il va de soi que le partage du butin ne se limitait pas à ce seul cercle, les autorités compétentes de BANGUI ayant, eux aussi, la part qui devait leur revenir. Et cette malheureuse commune, en dépit de toutes ses richesses et des recettes qui devaient normalement servir pour la compenser de la transformation radicale de son milieu social et environnemental, continue de croupir dans la pauvreté, et de subir de manière drastique les conséquences de l’exploitation sauvage de la faune.

C’est pour cela que nous dénonçons, avec l’extrême vigueur, la nomination des délégations spéciales de commune, que nous percevons comme une entourloupette pour continuer à perpétrer les pratiques magouilleuses d’une classe politique qui ne doit plus refaire surface, après les affres que le pays et son peuple ont eu à subir.

Au CAMEROUN par exemple, les mairies sont tenues par des intellectuels, des hommes vachement instruits qui ont pour la plupart pris leur retraite, pour s’occuper de leurs régions respectives. Ils sont à la tête de leur commune, suite à des élections bien organisées et bien gagnées.

En CENTRAFRIQUE, c’est à croire que nous manquons d’une telle élite parce que la légèreté de nos hommes surtout, et parfois de nos femmes, fait que nous sommes dépourvus du sens des responsabilités. Pour s’en convaincre, il suffit de faire appel à l’histoire récente du pays pour voir qu’il n’y a pas si longtemps qu’un grand nombre de fonctionnaires avaient pris leur DVA pour libérer l’administration et se mettre ensuite à leur propre compte. Quels résultats a-t-on tirés de cette affaire ?

Parmi ces retraités précoces, il y avait un grand nombre d’enseignants, de cadres de la santé et de l’agriculture. Que sont devenus tous ces hommes et toutes ces femmes ? Les centrafricains connaissent eux-mêmes la réponse. Beaucoup ne sont plus de ce monde, car nos dirigeants n’ont pas su mener ou voulu mener une vraie politique, à savoir celle d’assurer la santé, l’éducation, la protection et le progrès social pour tous.

Et nous ne voulons pas que cette mauvaise politique se remette en route, avec des visages masqués.

Certains penseront que nous sommes en train de leur mettre des bâtons dans les roues. Nos propos sont et seront alors et toujours des bâtons dans les roues, car ils tiennent du bon sens et ne sont nullement scotchés à un quelconque parti pris.

Le CENTRAFRIQUE a désormais besoin d’une voie et d’une voix claires, suivie et entendue par tous.

Adolphe PAKOUA

 

 

 

Du pays et des hommes, de la Centrafrique

Du pays et des hommes, de la Centrafrique
par : Léon Kidjimalé Grant (11 décembre 2013)

Ce que nous vivons, «  est un long processus de désintégration de l’état centrafricain , remontant à plusieurs décennies » M. Serge Michaïlof.

 1/Les signes annonciateurs 

Ils étaient en place depuis fort longtemps : non paiement des salaires des fonctionnaires au milieu des années 70, couplés à un fatalisme d’une grande partie de la population, admettant l’insupportable jusqu’à en « crever », ceux qui ont essayé de broncher, ont été arrêtés, officiers, officiers supérieurs, hommes politiques avertis, dans l’indifférence générale. Les gens avaient peur préférant se coucher. Le centrafricain perdra ainsi son sens de l’honneur et ne saurait plus s’insurger, en disant : « Non ! Je ne suis pas d’accord ».  Les biens mal acquis, la promotion de l’opulence matérielle, la banalisation de la mort, l’indifférence à la souffrance d’autrui, la volonté de puissance pour dominer, humilier, ou se venger, se réclamer de quelqu’un de puissant ou de connu pour exister, le déni de la réalité…

Le dirigeant qui ignore que l’on ne gouverne point un état et une nation comme un village ethnique ou un quartier.

 2/Procédé

il faut inverser les choses. Les élections présidentielles et législatives devraient suivre les élections locales, qui rapprochent le citoyen de son élu telle que  : les municipales.

Les Maires doivent être élus par les conseil municipal . Ce sont eux qui sont proches du citoyen, pour faire remonter ses doléances. La pratique de la démocratie doit se faire à la base. Ensuite, le pays doit avoir cinq régions avec des autonomies suffisantes de gestion et de décisions, avec à la tête un Président de région. L’extrême centralisme, ou jacobinisme que nous avons hérité de la colonisation doit donc être remplacé pour que le pouvoir se rapproche du citoyen.

Ils ne le savent toujours pas d’ailleurs. Regardez cette effervescence qui les habite encore… Si ce n’était pas les horreurs de ces massacres, de ces tueries, leur désir obsessionnel d’être Khalife après le Khalife, qui semble être le seul moyen qu’ils ont d’exister ou de se faire connaître et avoir une certaine importance, l’aurait emporté.

 3/Comment conduire une nation et un pays ?

Il faut avant tout apprendre à se conduire, et beaucoup aimer les autres pour se mettre à leur service, sans se faire trop d’illusions sur la nature humaine. Voyez cette coïncidence des événements : le décès de Nelson Mandela, un grand homme, puis un homme d’état. Les qualités qu’il a générées puis encouragées chez ses compatriotes adversaires ou partisans, le monde entier, se retrouve dans son message, dans sa vie où domine la tolérance

Je parle de coïncidence car l’annonce de son décès a coïncidé celle du massacre en Centrafrique. L’Afrique du Sud avait entamé un long processus de renaissance post-apartheid. La Centrafrique, elle parachève dans l’horreur indicible, un long processus de désintégration de l’état. L’animalité et la sauvagerie de la Peste, du choléra ont pris le dessus.

Nous nous voyons tout nus. C’est notre inconscient collectif qui anime cette rage autodestructrice. Le centrafricain a perdu toute humanité. La bête qui sommeille en chacun de nous, veut du sang. C’est œil pour œil, dent pour dent.

 4/ Ce pays !

La R.C.A. n’aurait vu naître qu’un seul homme digne de ce nom ?Barthélemy Boganda que nous continuons à pleurer, et dont la plupart attend un clone, reviendra-t-il pour nous sauver ?

Ou bien, comme disait Barack Obama,  tirant les leçons du message de Nelson Mandela : « Si nous faisons un effort, tous ensemble, nous pouvons changer le monde »- notre monde, notre pays, la R.C.A., si je puis compléter.

5/ Méditons ces pensées  dites aux obsèques de Nelson Mandela et surtout agissons de façon déterminée et sans complexe, c’est le moment où jamais, Frères et Sœurs !

 « Le sauvage est l’antidote à notre civilité » Gandhi.

« Si tu veux faire la paix avec ton ennemi, tu travailles avec lui, il devient alors ton partenaire » . Mandela.

« Ce qui faisait la force de Mandela, c’était la réflexion collective » Andrew Mlangeni, son compagnon de prison et de lutte.

 Et enfin :

« C’est le moment de faire une introspection pour savoir si nous avons tiré les leçons de Nelson Mandela. » Barack Obama.

Un homme digne de ce nom est capable de prolonger une pensée créatrice plutôt que d’attendre un homme providentiel ! Il y a peut-être un jeune Boganda parmi ces enfants qui meurent, qu’on assassine ou que l’on retrouve tout seuls , en pleine rue !

Singuila na siriri na yé kouè.

Léon Kidjimalé Grant.

11/12/2013

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Réactions à cette tribune : DU PAYS ET DES HOMMES

1. Adolphe Pakoua (11/12/2013) : DU PAYS ET DES HOMMES

Dans une tribune dont nous reprenons volontairement le titre pour apporter un peu de sel aux idées fort judicieuses que contient ce billet, notre frère Léon Kidjimalé Grant met en lumière une grande partie des tares qui ont contribué à la naissance du chaos que vit le Centrafrique aujourd’hui. Tares partagées en grande partie par le peuple avec sa passivité face aux errements des pouvoirs publics, tares occasionnées par ces mêmes pouvoirs publics qui se sont contentés de mettre en place, pendant de très longues années, une politique de destruction collective dont le seul corollaire était l’assouvissement des faims individuelles de ceux qui avaient une parcelle de pouvoir entre leurs mains.

Pendant ces deux dernières années ou plus précisément en l’espace de moins d’une année, le Centrafrique a vu son histoire se calquer sur deux événements historiques majeurs, qui ont failli occulter irrémédiablement les épreuves épouvantables que son peuple vivait.

Le premier de ces événements fut l’invasion du nord du Mali par des troupes islamistes (djihadistes) du mal. A ce même moment, le peuple centrafricain subissait déjà les horreurs des bandes armées soutenues par des forces infernales venues du Tchad et du Soudan. La médiatisation des événements du Mali a relayé, au fond de la poubelle des horreurs, les affres que subissait le peuple centrafricain.

Le deuxième événement qui a failli faire oublier le calvaire centrafricain des médias internationaux est la chute du Baobab Africain, Baobab autour duquel le monde entier s’est réuni pour lui rendre un dernier hommage, Baobab que nous saluons au passage et pour lequel nous implorons le Dieu Céleste pour lui octroyer un repos paisible bien mérité, avec toute la Grâce qu’il peut accorder à cette créature, sienne, qu’il a bien voulu envoyer sur cette terre pour éclairer, de sa lumière, le chemin que tous les hommes de cette terre doivent suivre.

Ce dernier événement donc, à cause de son importance mondiale, a failli, lui aussi, ranger les malheurs des centrafricains dans les placards des catastrophes sans importance. Ainsi va l’histoire de Centrafrique, qui peut faire la une des journaux du monde entier, tant les événements qui jalonnent son histoire peuvent être insolites : Empire par ci, Diamants par là, Pauvreté et Misère hier, Conflit inter-religieux aujourd’hui. Et dans ce désordre permanent qui ne dit pas son vrai nom, il y a le Pays, les Ressources et les Hommes.

Le Pays qui n’attend rien de ses hommes, les Ressources qui continuent de moisir dans leur lit naturel, les Hommes qui s’entre-déchirent, faisant que les médiocres qui arrivent au pouvoir, font tout pour éliminer les hommes les plus valables afin d’asseoir leur hégémonie sur le reste. Tel est le Centrafrique, que beaucoup, à raison, appellent « pays de paradoxes ».

Dans sa tribune, le frère Léon Kidjimalé Grant esquisse un schéma d’organisation politique où il accorde une priorité aux élections municipales. Dans une intervention récente d’une autorité centrafricaine lors d’une rencontre avec des élus locaux d’une grande ville de France et de certains représentants d’associations, la question des élections municipales avait été posée et la réponse donnée fut que les organisations internationales ne considéraient pas « ce sujet » comme une priorité.

Comment pouvaient-elles considérer « ce sujet » comme une priorité tant qu’elles savent qu’avec un minimum de volonté, les centrafricains eux-mêmes, sans engager des milliards et des milliards de francs CFA, pouvaient mener à bien de telles élections ? Il n’y a qu’en Centrafrique que les hommes ne font pas appel à leur ingéniosité, pour trouver des solutions simples, parfois à des questions qui apparemment semblent complexes.

Léon Kidjimalé Grant a parfaitement raison lorsqu’il considère que les élections municipales sont une première pierre dans la construction de la démocratie dans un pays. Si on ne veut pas organiser les élections municipales en Centrafrique, c’est tout simplement parce qu’on veut conserver les mêmes archaïsmes qui ont conduit ce pays à la déroute. C’est plus simple et plus juteux de nommer un parent, une connaissance à la tête d’une commune riche, car on connaît les retombées qu’on pourrait tirer d’une telle procédure. La même gestion et la corruption y trouveront facilement leur nid car dans ce pays, personne n’a de compte à rendre à personne, on s’arrange entre amis.

Tout comme on veut perpétuer dans le pays les mêmes archaïsmes, on a longtemps employé le nom de BOGANDA pour mener des politiques néfastes, et l’on avait tout simplement jeté aux oubliettes l’histoire de ce grand homme pour faire que les jeunes centrafricains de quarante ans aujourd’hui soient incapables de connaître réellement les souffrances que cet homme a subies pour libérer les Oubanguiens de la servitude. Et comble de malheur, on n’a pas manqué de maintenir le peuple dans cet obscurantisme au bout duquel il s’est réveillé dans le chaos et dans le cauchemar de la SELEKA.

Ce qui nous attend maintenant et demain, c’est de trouver de vrais fils du pays, des fils qui ont compris la démarche de BOGANDA, qui se sont approprié les préceptes de MANDELA pour être capables de clairvoyance, pour aimer leur peuple et leur pays du vrai fond de leur cœur, afin de mener une politique qui soulagera les populations et leur fera oublier cet enfer, qu’ils n’auraient jamais dû subir.

Adolphe PAKOUA.

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2. Jean-Bosco Peleket (12/12/2013) : Les hommes et femmes politiques français, souvent nombrilistes, se livrent à leurs jeux favoris : se marquer à la ceinture. Le drame centrafricain, dernier souci du plus grand nombre, n’est utilisé à droite que pour paraître.

Et la presse, en particulier les chaînes de télévision, s’en donnent à coeur joie. Les fameux spécialistes des questions africaines, à défaut d’expliquer le drame centrafricain par la sempiternelle incapacité des Noirs à s’entendre et le tribalisme, se rue, plus que jamais, sur la nouvelle donne : « guerre de religion, chrétiens contre musulmans ».

François Hollande est présenté comme isolé, sans soutien de la communauté internationale. On essaye de faire croire aux Français que même les Américains n’apportent aucune aide à la France et à la RCA ! Alors que, après avoir débloqué 40 millions de dollars il y a quelques semaines, Washington vient de décider une rallonge de 60 autres millions de dollars pour financer des soutiens logistiques.

Nous savons de source sûre que Barack Obama a titillé les Français pour qu’ils s’engagent franchement en RCA, en raison de leurs liens histoires avec ce pays.

Le président américain se tient informé de la situation centrafricaine depuis des mois. Il vient d’adresser un message direct au peuple centrafricain, Cf. lien ci-dessous

Quel autre Chef d’Etat a pris de telle initiative ? Prenez le temps de le lire.

Paris le 12 décembre 2013

Jean-Bosco Peleket (Franco-centrafricain)

http://www.whitehouse.gov/blog/2013/12/09/president-obamas-message-people-central-african-republic

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3. Fernand Paul Sadam (12/12/2013) : L’heure est grave, c’est pourquoi nous soutenons et encourageons la démarche des autorités religieuses et des rares citoyens éclairés chrétiens et musulmans qui essayent de colmater les brèches des conséquences des actes (je dis bien) réfléchis de nos hommes politiques irresponsables. Ces derniers dans leur jeu d’équilibristes ont toujours su s’accommoder à la direction du vent pour préserver leurs privilèges. Pas plus-tard qu’hier, certains nous ont sorti de leur chapeau magique d’imagination fumeuse, leur dernier tour de passe passe de  » Ne pas servir un homme, mais de ne servir que le peuple centrafricain… ». Suivez mon regard, à malin, malin et demi.

Rien ne sert de mettre la charrue avant les bœufs, qu’on le veuille ou pas la finalité de ce processus transitoire sera l’élection d’un président élu par les centrafricaines et les centrafricains. Donc, il faudrait faire les choses doucement et bien. Cessons de nous considérer pour ce que nous ne sommes pas; nous sommes dépassés et nous vivons dans un état failli et cela ne date pas d’aujourd’hui. Beaucoup de compatriotes ont dénoncé par voie de presse, par écrits ou par le truchement des nouvelles technologies la mal gouvernance de notre pays… Ces veilleurs désintéressés du temple n’ont pas souvent été compris et cela perdure encore. A force de jouer à l’autruche, nous voilà en face de l’effet boomerang, contrains malgré nous de faire appel à la France pour nous sortir de notre propre « Merde ». Cette dernière est entretenue à dessein par des femmes et hommes politiques véreux, orgueilleux et imbus de leur personne qui en dépit du fait d’être des girouettes, ne font que capitaliser les échecs dans la gestion de la chose publique.

Ce groupe d’individus ne s’est jamais remis en question et croit toujours être indispensable pour occuper les hautes fonctions dans l’administration publique ou para-étatique de la Centrafrique.

Après la chute du régime précédent, nous avons cru que les filles et les fils de ce pays appelés à gérer la transition allaient faire le ménage et poser les réformes nécessaires pour non seulement donner au pays de nos ancêtres un avenir meilleur, mais surtout pour y instaurer le vivre ensemble serein tant souhaité par tous…Parce qu’ils n’avaient pas de soucis à se faire, vu qu’ils n’allaient pas se présenter aux joutes électorales programmées par la suite. En principe, leurs priorités devraient consister essentiellement, non seulement au respect scrupuleux du cahier des charges des accords qui leur donnent ce pouvoir transitoire, mais surtout aussi de mettre en place les ébauches des institutions fortes à venir pour pérenniser et consolider la démocratie dans notre pays. Malheureusement, ils ne sont pas à la hauteur et nous avons tous vite déchanté.

J’abonde dans le sens de la proposition de Monsieur Léon; les élections municipales doivent se tenir avant les élections législatives et le bouquet final sera les élections présidentielles. Sans cela, si nous agissions dans la précipitation comme ça a souvent été le cas, il ne faudrait pas encore demain crier aux complots des uns contres les autres… Nous savons chez nous que c’est toujours la faute des autres; tous coupables, mais jamais responsables.

Il faudrait aussi que les dirigeants de la transition fassent preuve de maturité. Nous en avons marre de leur langue de bois, tout comme du chantage du président de la transition. Ici et maintenant, il n’est pas question de stigmatiser une religion. Dire que « si on ne veut pas d’un président musulman, il prêt de poser sa démission », montre à suffisance ses limites pour diriger un État comme la Centrafrique. Au lieu d’être un rassembleur, il joue au fossoyeur de la cohésion nationale.

Je suis centrafricain et musulman, mon père et ma mère centrafricains de souche (lui Gbaya de Boda, elle Ali de Bombélé/Borossè) paix à leur âme sont catholiques, certains de mes frères et sœurs sont catholiques d’autres musulmans comme moi et mes filles sont protestantes. Avec cette configuration familiale dois-je par rapport aux élucubrations du président de la transition moi aussi aller dans le nord, qui selon lui est le fief des musulmans? C’est absurde, prônons plutôt le pardon et la réconciliation entre nous peuple centrafricain. Nous nous sommes laissés entraîner par les lubies de certains de nos frères qui ont cru bien faire, en pactisant avec des mercenaires sanguinaires sans foi ni loi pour la conquête du pouvoir sans discernement. Qu’ils sachent qu’une faute avouée est à moitié pardonnée. Ils n’ont qu’à faire leur mea-culpa au peuple centrafricain et pour éviter le triste sort réservé au chef d’État d’un pays voisin, qui en voulant se débarrasser de ceux qui ont fait de lui Roi dans son pays est passé de vie à trépas, passer le témoins.

Comme chez nous le ridicule ne tue pas, s’ils ne sont qu’en quête d’honneur et de titres. Ils peuvent rester avec leurs titres de ceci cela de la transition et de confier l’administration effective et efficiente de la transition à l’Union Africaine et/ou aux Nations-Unies jusqu’à l’organisation des élections législatives et présidentielles. Pour les municipales avec nos maigres recettes nous pouvons quand même les organiser, sinon à quoi ça sert de nous considérer comme un État normal, qui veut qu’on respecte sa souveraineté? Il n’y a pas de honte à cela, » On ne veut pas que la communauté internationale foute son nez dans nos magouilles, mais on a besoin de leur soutien et surtout de leur argent quand ça commence à sentir mauvais… ».

Si les termes juridiques souvent utilisés dans les rapports diplomatiques ou internationaux de mandat, tutelle ou de je ne sais quoi ? Heurtent votre orgueil ou honneur de centrafricain s’il en reste encore, appeler ça comme vous voulez.

Une chose est sûre, tôt ou tard ce sera le passage obliger. Parce que pour le moment « la femme providentielle » ou « l’homme providentiel » n’existe pas; tous traînent des casseroles que leurs adversaires distillerons au fur et à mesure pour les discréditer ou les déstabiliser.

Pendant cette administration de l’UE et/ou des NU dont les contours et la durée restent à déterminer, émergeront grâce à leurs talents et compétences des filles/femmes et fils/hommes dignes de ce pays laïc capables de conduire sa destinée dans la Paix durable et l’Amour de son prochain.

Puisse Dieu exaucer nos prières ?

Sadam Fernand Paul.

Centrafrique 2010 in memoriam (extraits)

Il est cruel et criminel de chercher à assouvir ses propres désirs en prenant en otage son propre peuple.
Il est cruel et criminel de vouloir régler ses contradictions en prenant en otage tout un peuple et en l’affamant.
Il est cruel et criminel de détourner le bien public pour des intérêts éphémères, ludiques, et de pousser au dépérissement par des moyens machiavéliques ses concitoyens.
Il est cruel et criminel de s’autoproclamer juge et parti, d’être au four et au moulin, de faire et défaire à son gré ce que le peuple ou le mandant a librement consenti ou choisi.
Il est cruel et criminel de refuser de rendre compte des ses actes et de refuser la tolérance.
Il est cruel et criminel de livrer son pays comme une proie aux appétits des voleurs, des rapaces, et pire d’en être complice.
Il serait juste de réunir tous les enfants du pays sans équivoque, sans discrimination et rechercher ensemble la bonne porte de sortie.
Le moment est désormais venu pour que la centrafricaine et le centrafricain se mettent à panser les plaies.
La rancune et les règlements de compte ne pourront que nourrir la détresse de la Nation et attiser la haine provoquée et entretenue.
Hier, « Terra incognita », la République Centrafricaine s’est ensuite révélée pour se muer aussitôt en un angle mort de la Communauté internationale. Qu’elle traverse des zones de turbulence, qu’elle subisse des catastrophes et des assauts de tout prédateur, son sort n’émeut personne.
Le pays souffre mais nul n’entend ses cris et gémissements. Il vogue en déperdition sous l’œil de ses élites, de ses leaders occupés à des besognes égoïstes. Les projets peuvent attendre qu’un hypothétique bailleur de fonds vienne les réaliser.
La République Centrafricaine engluée à l’antipode de l’idée que se faisait le président fondateur, Barthelemy BOGANDA, prônant le Mouvement de l’Evolution Social de l’Afrique Noire (MESAN), fait aujourd’hui de l’immobilisme. L’enfant centrafricain empêché de grandir, pris en tenailles dans les contradictions non voulues, n’arrive pas à briser l’ancre qui le tient cloué.
A bien d’égards, le pays est en retard. Il se retrouve projeté, selon le classement mondial de l’indice de développement humain (IDH), à l’avant-dernière place. Les décideurs politiques, les gouvernants le savent pourtant. La question, inlassablement, revient, et invariablement, les débatteurs avec une certaine malice s’observent, tournent en rond.

Combien de temps faut-il, combien de morts faut-il pour que les gouvernants, les politiques et la communauté internationale prennent conscience du drame qui se joue en Centrafrique ? Les cris des victimes devant l’effondrement continuent à s’élever et toujours sans échos. Comme ultime solution, un groupe prépare pour sa part la disparition de la Nation. Avec de l’arrogance et des brutalités, il privilégie les mirages en oubliant qu’il est embarqué à bord du même vaisseau. Il refuse obstinément de s’attaquer à la racine du mal. Les expressions « unité, dialogue, réconciliation, dignité » se sont depuis vidées de leur sens. C’est l’amnésie totale, un état d’esprit bloqué. Le doute s’est installé. Quel que soit le suffrage exprimé, le résultat est entaché d’avance d’opacité et de manque de crédibilité. « Mais comment faire confiance aux politiques après avoir vu tout ça », s’exclament les uns. « Il ne sert à rien de construire, de se battre, de chercher à changer les mentalités ou modifier les comportements », clament les autres à travers le pays. Ici, le nihilisme semble bien ancré.

La restauration de confiance et le regain de dignité sont à rudes épreuves. La famine, des maladies oubliées, sont de retour. Des voix s’élèvent contre la confiscation du pouvoir et les richesses bradées. Nous voilà à la case de départ au milieu des ruines. Qui aura à payer plus chèrement le prix de l’insouciance et de la cupidité ? Sans nul doute, ce seront et avant tout, les enfants non scolarisés, mal nourris, sans soins, les femmes violentées, violées. Il n’y a pas d’horizon radieux pour cette jeunesse, car elle est sans avenir.
Par un soubresaut inespéré et pour le bonheur de tous, les filles et les fils du pays, malgré l’asphyxie et d’agonie, doivent se retrouver, s’asseoir autour d’une grande table ou d’un grand feu de bois, pour parler sans détour. Ainsi, dit le Roi Ghezo d’Abomey : « Si tous les fils du Royaume venaient par leurs mains assemblées boucher les trous de la jarre percée, le pays serait sauvé. »

Malgré tout il y a de l’espoir. Angoissé, souffrant, le Centrafricain voudrait bien voir le bout du tunnel ou émerger du fond des eaux abyssales au risque de se noyer. Paradoxalement, c’est le commandant de bord qui amarre et se dirige vers une destination incertaine. Il se met à appeler au secours, voguant à vue sans boussole : le commencement de la dérive ou l’éternel recommencement.

Il est naturel de rêver. Toutefois, l’impression et le mirage n’auront pas à se confondre avec la réalité. La République Centrafricaine frise le fatalisme. Personne ne croit à plus rien. Il y a sans doute espoir car il doit exister une issue de secours : toutes constructions chez les espèces humaines et animales en sont dotées sauf la mémoire de l’oubli.

Il me vient à l’esprit un souvenir en cette période anniversaire de la République Centrafricaine, les 50 ans d’Indépendance proclamée le 13 Août 1960… Bangui La Coquette déclamée par Marie-Jeanne Caron (1ère femme proviseur du 1er lycée féminin d’enseignement général, établissement public de même nom, à Bangui) :

 » Dans l’écrin des vertes collines
Tu te blottis comme un joyau
Tu t’étires le long de l’eau
Du fleuve couleur d’opaline.

Tu changes avec les saisons
Et tu prends de nouveaux visages
Que ta parure de feuillages
Verts ou roux, donne à tes maisons.

Tes jardins, tes places publiques
Remplies de verdure et de fleurs
Te donnent un air bucolique
Plein de charme et de douceur.

Coquette comme une courtisane,
Tu attires les visiteurs
Et tu leur promets le bonheur
Liant leur cœur avec tes lianes.

Quand le jet d’eau de tes fontaines
Monte dans l’air chaud de la nuit
Il chante tes joies et tes peines
Et murmure ton nom : BANGUI.  »

Victime des brûlis, de braconniers et de coupeurs de bois, transpercée par des bulldozers pour des lotissements en dépit de bons sens, Gbazabangui la verte colline présente aujourd’hui un visage de désolation. Bangui toute entière a peur de perdre définitivement sa couverture verdoyante, sa faune, sa flore. C’est aussi la crainte de glisser, de s’écrouler et de voir la Coquette tant admirée s’évanouir définitivement sous des pressions conjuguées.

 Bangui, la Coquette ou un moment de rêve

C’était au temps où la ville Se faisait belle
La ville recherchait le bonheur
Elle resplendissait, chantait
Riait, mais vite vinrent des heurts
Bouleversant le beau visage
Bangui la coquette se leurre
Crie sa douleur, se meurt
La Coquette, au regard perdu
Comme un zombie, court, vacille,
Tente de se relever, les yeux hagards
Livides, s’oriente vers un hangar
Mis à sac, recherchant le réconfort évanoui.
     Victor Bissengué

Qu’advient-il de ce Territoire désigné naguère Oubangui-Chari la Cendrillon de l’Empire (français) ? Un demi-siècle d’Indépendance plein d’aventures, de réalisations, de tourbillons, d’échecs, s’est écoulé.

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Selon l’évolution de la situation de la République Centrafricaine présentée au 21-01-2010 par diplomatie.gouv.fr, dans la rubrique Conseils aux voyageurs, seule une partie de la frange Sud semble être l’espace le plus sécurisé où l’on pourrait circuler sans crainte; il s’agit de la zone en vert (ou gris clair sur la carte) qui va de Mobaye à Bayanga en passant par Bambari, Bangui, Bimbo, Mbaïki.
« Les régions formellement déconseillées sont indiquées en rouge (ou gris foncé). Les régions indiquées en orange (ou en clair) sont déconseillées sauf raisons professionnelles impératives. »

Que l’année 2011 soit une année apaisée, fasse date dans l’Histoire pour un dessein, le sursaut salutaire de la République Centrafricaine.
Abel Goumba, David Dacko, Jean-Bedel Bokassa, André Kolingba, Ange-Félix Patassé, François Bozizé, auront marqué durablement et de manière très contrastée la vie des citoyens de ce pays.
Les cinq verbes de Barthélemy Boganda, président fondateur de la République proclamée le 1er décembre 1958, devront se conjuguer sans faute dans l’Unité, la Dignité, le Travail, par toutes les citoyennes, par tous les citoyens : nourrir, vêtir, loger, soigner, éduquer. Et qu’il le soit en adéquation avec la dynamique de l’environnement social-culturel, le monde biogénétique et numérique auquel le pays s’est lié.
Bon Anniversaire, Bonne Chance à la République Centrafricaine !

Victor Bissengué, (29 novembre 2002, 01 décembre 2010)