« L’honneur perdu de CSP »

« L’honneur perdu de CSP »

Par Barthélemy MANDEKOUZOU-MONDJO

 

20 janvier 2015

 

« La liberté de tout dire n’a d’ennemis que ceux qui veulent se réserver la liberté de tout faire. » (1)

 

« Que diable allait-il faire dans cette galère ?

 Va-t’en, Scapin, va-t’en vite dire à ce Turc que je vais envoyer la justice après lui

 Il faut, Scapin, il faut que tu fasses ici, l’action d’un serviteur fidèle. –

 Quoi, Monsieur? –

 Que tu ailles dire à ce Turc, qu’il me renvoie mon fils, et que tu te mets à sa place, jusqu’à ce que j’aie amassé la somme qu’il demande…» (2)

 

Nous aurions souhaité que ce qui précède n’ait ni de près, ni de loin, quelque ressemblance avec des situations existantes : mais l’histoire nous joue plus d’un tour puisqu’il lui arrive de repasser les plats.

Les nombreuses confidences et les aveux de Mme Samba-Panza nous ont appris qu’elle n’avait jamais imaginé l’ampleur de la catastrophe que représentait la situation centrafricaine : une « galère » dans laquelle, apparemment, elle ne se serait jamais « risquée » en toute connaissance de cause !

Avec beaucoup d’enthousiasme nous avons été nombreux à saluer l’élection de Mme Samba-Panza appelée par le Conseil National à présider une Transition définie dans le temps et l’espace, dans la durée et les objectifs.

Avec beaucoup d’enthousiasme et toute la confiance souhaitable nous avons donné acte à Mme Samba-Panza du serment qu’elle a solennellement prêté « devant Dieu et la Nation »…

Mais, bâtie sur une fondation, dont la solidité n’a pas été vérifiée au préalable, une construction envisagée a-t-elle des chances de tenir ?

Là se trouve le dilemme.

Mais, que diable, alors, est-elle donc venue faire dans cette galère ?

Des jours et des mois se sont écoulés.

Le temps tire à sa fin…

Et rien ne se passe.

Les « seigneurs de guerres », Sélèka et Anti-Balaka, triomphent et poursuivent leur sale besogne : sans faiblesse mais aussi –et, hélas !- sans espoir d’arriver jamais à en découdre et à faire surgir un vainqueur.

Et, dans ce contexte, l’insécurité s’installe pour durer pendant qu’une population désemparée et terrorisée continue d’errer.

L’heure du bilan approche et ressemble fort à l’arrivée de minuit, l’heure inéluctable et fatale de la damnation du Docteur Faust (3).

Les demandes de reports se font alors insistantes parce que rien n’est prêt.

Mais ces demandes résonnent comme la vaine supplique de Docteur Faust pour arrêter le temps sans le souci ni le moindre espoir raisonnable de changer le cours des choses ou de faire aboutir les projets.

« O lente, lente currite noctis aequi ! 

En dépit de mes pleurs, les étoiles cheminent,

Le temps maintient son cours, l’horloge va sonner, et Faust sera damné » (3)

Le temps jamais ne courra plus lentement que la nature en a décidé.

Comme Faust, ce que Mme Samba-Panza, -puisqu’il faut bien en arriver à notre sujet-, n’a pas fait dans le temps imparti, elle ne le fera pas non plus au bout des mois et années complémentaires ou supplémentaires qui lui seraient octroyés.

 

Je ne vais ou ne veux pas surjouer « l’erreur de casting » moult fois dénoncée.

Je laisse à l’histoire, – qui, du reste, n’a besoin de l’autorisation de personne-, de donner son verdict. Ce verdict sera à mille lieues des célébrations déclenchées par les enthousiasmes des premiers jours. Enthousiasmes aujourd’hui évanouis comme des fétus de paille.

Le triomphe et le triomphalisme assumés de l’élection de Mme Samba-Panza, à l’heure du bilan et d’un anniversaire, ont bien été la préfiguration d’un naufrage. Un de ces naufrages que, de manière récurrente, l’histoire de la République Centrafricaine nous donne de vivre !

Comme le dit si bien Jacques Chancel : «Il n’est pire ennemi que nous-mêmes,… et le calendrier de nos inconséquences est tragique» (4).

« L’honneur perdu de CSP » : J’écris ces lignes dans le même esprit et en m’efforçant de communier au souffle du pamphlet de Jean-Edern Hallier (5) :

« Les attaques contre la moralité privée des princes ont toujours été la réaction ou la mesure invisible du renforcement de l’absolutisme du pouvoir : elles traduisent ce que Lacan appelle la barre de censure de la société… Je n’appelle que le soulèvement de la vie. » (5)

Les attaques concernant Mme Samba-Panza se doublent en outre d’une prise en compte de ce qui apparaît comme la vérification du « principe de Peter » : non pas, dans le cas d’espèce, « l’aventure d’une carrière à bout de souffle » quand toutes les compétences disponibles en sont rendues à leurs points- limites, mais plutôt  l’évidence qui ouvre sur la brutale conscience que le rêve qu’on peut avoir nourri était surdimensionné.

Mme Samba-Panza s’est rêvée comme la responsable souhaitable et souhaitée dans une histoire centrafricaine, dont on peut dire, à l’heure du bilan et d’un anniversaire, par delà les gesticulations, dont elle n’est point avare-, qu’elle était tout à fait inapte à la conduire !

L’histoire rendra justice à Mme Samba-Panza d’une bonne volonté dont je m’en voudrais de douter ; mais elle n’en devra pas moins rendre justice à la vérité en reconnaissant qu’aucune performance n’a jamais été au rendez-vous des vœux du Peuple centrafricain ni à la hauteur de ses espérances.

 

Belle supercherie que l’annonce tonitruante de la constitution d’une « équipe de technocrates » pour conduire la gestion d’un Pays en pleine déconfiture et pour répondre au pari de mettre le Peuple debout et en marche vers un avenir radieux. La montagne a accouché d’une souris ; la promesse a conduit à la mise en place d’une équipe de « copains » et de « coquins » aux ambitions trop insuffisamment ouvertes pour que l’élan que toute politique doit entretenir pour la conquête du progrès et de la prospérité ne s’en fût pas trouvé bridé !

« Je n’appelle que le soulèvement de la vie », comme le dit si bien Jean-Edern Hallier.

Et je n’ouvre pas ici un autre procès que celui d’appeler à assurer la vie et l’avenir du Peuple Centrafricain. Ce qui devrait conduire à donner un congé définitif non seulement à une « Equipe » -qui n’a rien compris-, mais aussi et surtout à un esprit et un mode de gouverner que nous avions pensés définitivement rangés, au choix, dans les musées et panthéons des contrefaçons et malfaçons.

La désignation de Mme Samba-Panza par le Conseil national de Transition pour diriger la Transition et redresser la République Centrafricaine a été la belle et rare occasion, dont tout le monde rêve absolument pour inscrire son nom en lettres d’or dans l’histoire de son Pays. « Occasion manquée » ou « Honneur perdu ».

Les deux à la fois : surement !

La thèse et les dénonciations répétées du complot de « l’ennemi venant de nuit semer de l’ivraie dans le champ où on a mis du bon grain » apparaissent amplement surfaites. Mme Samba-Panza ne peut et ne doit s’en prendre qu’à elle-même d’avoir perdu, chemin faisant, avec la feuille de route, le guide contre toutes les embûches.

Elle s’est voulue le Messie et a joué au Messie quand sa mission était celle de Jean-Baptiste chargé d’ouvrir la route et de préparer l’avènement de la Démocratie dans une République Centrafricaine préalablement apaisée et réconciliée.

« Avant l’heure, ce n’est pas l’heure ; après l’heure, ce n’est plus l’heure »…

Il aura manqué à Mme Samba-Panza de chercher à s’inscrire dans le bon tempo.

Elle a délibérément opté pour le « hors-champ » et le «hors-jeu»…

Comme si elle désespérait de ne pouvoir jamais être utile au Peuple Centrafricain.

 

« Je n’appelle que le soulèvement de la vie ».

Et s’il est un procès qui y apparaît en filigrane, c’est, à travers un appel à un sursaut salutaire et à la vigilance pour se garder contre les invasions à venir, le procès des marchands d’orviétan : ces charlatans prompts à se rappeler aux bons souvenirs du Peuple dont ils affirment qu’ils ont de tout temps et toujours recherché le bonheur.

Ils sont assez habiles pour rendre leurs offres agréables et recevables.

Et, à s’y laisser prendre, voilà l’enfermement au bout du compte : pour invariablement tomber de Charybde en Scylla.

MANDEKOUZOU-MONDJO

20 Janvier 2015

 

 

(1) Jean-Paul Marat, Dénonciation à la nation contre M. Malouet, Août 1790

(Emilie Bremond-Poulle : La Dénonciation chez Marat : 1789-1791)

(2) Molière, Les fourberies de Scapin

(3) Christopher Marlowe (1592) :

Arrêtez-vous, sphères du Ciel, toujours mouvantes !

Que le temps cesse et que minuit jamais n’arrive !

Bel œil de la nature, ah !, lève-toi, surgis

Sur un jour éternel ; ou que cette heure soit

Un an, un mois, une semaine, un jour complet,

Pour que Faust se repente et qu’il sauve son âme !

O courez lentement, lentement, chevaux de la nuit.

En dépit de mes pleurs, les étoiles cheminent,

Le temps maintient son cours, l’horloge va sonner, et Faust sera damné…

(Christopher Marlowe, La tragique histoire du Docteur Faust, Paris, Les Belles Lettres, 1947, p. 115.)

(4) Jacques Chancel : Nouveau siècle. Journal 1999-2002. Editions du Rocher, 2003, p. 112

(5) Jean-Edern Hallier, L’honneur perdu de François Mitterrand. Editions du Rocher/Les Belles Lettres, 1996, p.15).

 

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CENTRAFRIQUE: L’OR ET LES DIAMANTS DU SANG

CENTRAFRIQUE: L’OR ET LES DIAMANTS DU SANG

24 décembre 2014 

Le pouvoir français semble avoir désigné Idriss Déby Itno comme le gardien du temple minier de la R.C .A

Cette inaction. Ce silence qui s’amplifie de jour en jour. Ce sentiment insupportable d’absence de patriotisme de la part du Gouvernement de Transition. Gouvernement qui, après avoir suscité tant d’espoir à ses débuts. n’exprime pas son pouvoir avec la ténacité nécessaire. On ne voit plus ses membres monter au créneau pour garantir l’intégrité de la Nation centrafricaine, alors qu’elle est en train de se désintégrer sous les coups de boutoirs, sournois ou retentissants, des ex-Sélékas repliés dans les provinces. Est-ce que, désormais, on n’est pas en droit de s’interroger sur le pouvoir réel de la Présidente de Transition, madame Samba-Panza ? On dirait que tout se décide de Paris. Monsieur Le Drian, Ministre des forces armées françaises, donne l’impression d’être devenu le mentor du Gouvernement centrafricain. Il régente quasiment la vie politique et stratégique de l’Afrique francophone en général et du Centrafrique en particulier. Il fixe et impose la date des élections en R.C.A., sans se préoccuper des réalités sociales politiques du pays. Comment peut-on organiser des élections alors que l’administration est aussi défaillante ? Comment recenser la population ? Comment procéder à toutes les opérations nécessaires ? Pour que les Centrafricains n’en viennent pas à contester la stratégie de la France, il faut d’urgence que la force Sangaris remplisse ses missions premières : elle doit, d’abord et avant tout, contribuer à la restauration de la paix dans le pays et garantir l’intégrité du territoire. Ce qui est loin d’être le cas : depuis plus d’un an, les massacres sont quotidiens sur quasiment tout le territoire. Il n’est donc pas envisageable que la France réduise aujourd’hui ses forces et se désengage d’un pays en plein marasme. Cherche-t-elle à donner plus de poids au Président du Tchad ? Le pouvoir français semble avoir désigné Idriss Déby Itno comme le gardien du temple minier de la R.C .A. Il est sans cesse consulté par Paris en ce qui concerne le sort du Centrafrique, alors qu’il a lui-même financé les bandes de séditieux qui ont ensanglanté et ensanglantent encore le pays. S’il y a bien des artisans du chaos dans lequel est tombée la R.C.A., Idriss Déby, Président du Tchad, est le premier d’entre eux. Et qu’en est-il de l’Union Africaine ? S’est-elle manifestée pour tenter de trouver une issue à la crise centrafricaine ?

LA LITANIE INCESSANTE DES MASSACRES

En attendant, les dérives sanglantes perdurent et ont même tendance à croître. Visiblement, les forces étrangères, malgré leur bonne volonté et leurs efforts, n’ont pas encore réussi à restaurer la paix et la concorde nationale. Les provinces du nord et du nord-est sont entre les mains des ex-Sélékas. Les Antibalakas sont bien obligés de défendre les populations contre une islamisation rampante de ces provinces, frontalières du Tchad et du Soudan. Ce sinistre processus vient de se dérouler à MBRES, à environ 200 kilomètres de la capitale Bangui, le 19 décembre dernier : 28 morts au moins. Six à dix mille enfants soldats sont enrôlés dans les milices. Drogués, ils font régner la terreur en participant aux massacres aux côtés des factieux. Les rivières de Centrafrique charrient, chaque jour, le sang des suppliciés…

L’OR ET LES DIAMANTS DE LA MORT

Les ex-Sélékas contrôlent les régions minières et se livrent à de la contrebande pour financer leurs forfaits meurtriers. L’urgence absolue, aujourd’hui, est de reprendre le contrôle de ces régions. D’y rétablir le pouvoir légal. D’arrêter les séditieux. D’expulser les mercenaires islamiques. Et, enfin, d’appliquer le processus de Kimberley. La paix entre tous les Centrafricains, catholiques et musulmans, ne réapparaîtra que si le peuple est écouté. Il faut cesser les calculs politiciens sans lendemain. La priorité est de penser, dès aujourd’hui, à jeter les bases d’une Nation centrafricaine socialement juste et politiquement vertueuse.

« A LLA ZIA NI A TI PEPE. ALLA GBOU NI NGANGOU. » (Tenez bon ! Ne laissez pas tomber !) A DE KITIKI (23 décembre 2014)

Le processus de Kimberley est un régime international de certification des diamants bruts, qui réunit gouvernements et industriels du diamant, dans l’objectif d’éviter de négocier sur le marché mondial, l’achat des diamants présentés par des mouvements rebelles dans le but de financer leurs activités militaires (mai 2000).

Par joseph Akouissonne Mediapart

Comme le Général ce 30 mai 1968. Par Barthélemy MANDEKOUZOU-MONDJO

Comme le Général ce 30 mai 1968

Barthélemy MANDEKOUZOU-MONDJO

 

« La France est menacée de dictature. On veut la contraindre à se résigner à un pouvoir qui s’imposerait dans le désespoir national, lequel pouvoir serait alors évidemment et essentiellement celui du vainqueur, c’est-à-dire celui du communisme totalitaire. Naturellement, on le colorerait, pour commencer, d’une apparence trompeuse en utilisant l’ambition et la haine de politiciens au rancart. Après quoi, ces personnages ne pèseraient pas plus que leur poids qui ne serait pas lourd.

Eh bien ! Non ! La République n’abdiquera pas. » (1)

La prestation de Mme Samba-Panza devant les Conseillers nationaux et un aréopage de « distinguées Personnalités » a instantanément inspiré ce rapprochement avec l’adresse du Général De Gaulle à la France entière pour dénoncer le danger que l’exploitation de la révolte des étudiants par les partis politiques faisait courir à la Nation.

Quand un pouvoir se sent menacé une dénonciation de complots et manipulations diverses est son réflexe spontané. Mais réduite à ce seul élan primesautier et incantatoire, la dénonciation est insuffisante ; elle doit ajouter et développer une présentation complète du véritable enjeu qui est, dans le cas d’espèce, la mise en péril des acquis de la politique conduite jusqu’alors : politique de progrès dans  tous les domaines, d’indépendance nationale, de paix et de liberté.

« Le pays avait pris conscience, grâce à De Gaulle, que ce qu’il y a de plus rare dans un peuple et de plus nécessaire, c’est un chef d’Etat authentique » (2).

Quand De Gaulle dit « La République n’abdiquera pas ! », il ne laisse point voir qu’il ne prend là qu’une « posture » (3) assimilable, -puisque les mots ont un sens et leur sens-, à une image ou attitude de composition : factice à cet égard. Il en appelle solennellement  à un Peuple qui a été témoin du travail qui a été accompli pour qu’il juge, fasse en toute connaissance de cause  le bon choix de garder le cap  et de s’éviter des regrets.

Je sais que le parallèle que j’ai esquissé est osé :

Mme Samba-Panza, -pas plus, ni moins que ceux qui l’ont précédée-, n’est « De Gaulle », ni ne souhaite peut-être l’avoir jamais comme modèle.

« C’était de Gaulle » (4) : Alain Peyrefitte confirme le portrait retracé par Malraux dans son livre « Les Chênes qu’on abat » :

« Un vieil homme qu’habite le génie de la France ; un héros follement épris de sa patrie ; oscillant, comme tous les amoureux, de la jubilation au dépit ; mais reprenant vite ses marques en relativisant les péripéties ; incarnant l’Etat, parce que c’est l’Etat qui doit soutenir la France et inciter les Français à être dignes d’elle face à l’univers… ; s’installant sur les hauteurs pour en descendre de moins en moins souvent… ; un homme hanté par une idée plus grande que lui. »

« C’était De Gaulle » : l’Homme d’Etat qui a compris que si elle ne veut pas être une aventure folle et d’avance vouée à l’échec à cause de cela, toute politique doit être le choix placé au-dessus de toutes autres préoccupations ou entreprises de servir son Pays et de le conduire vers les sommets : vers la grandeur et la dignité.

 « C’était De Gaulle » : c’est-à-dire : l’Homme d’Etat qui avait une vision, mais aussi des résultats : les grandes conquêtes en matière de prospérité, d’indépendance nationale et de liberté individuelle… qui risquaient d’être réduites à néant par ceux qu’il désignait du terme méprisant de « politiciens au rancart ».

« C’était De Gaulle » : et même ce mépris pour ceux qui étaient en face et le combattaient s’était avéré recevable. Les Français l’ont compris et légitimé en lui offrant une majorité très confortable quand l’Assemblée nationale fut dissoute et renouvelée lors des Elections Législatives de 1968.(5)

Mais qu’il est frustrant de ne pas savoir jusqu’à quand il nous faudra encore attendre en Centrafrique pour avoir un « authentique chef d’Etat.» : l’Homme ou la Femme qui lancera ce jour-là le grand et exaltant chantier de la construction d’une Nation !

Et quand on n’a atteint aucun des objectifs qu’une feuille de route vous a établis, ni respecté aucun des engagements que vous avez pris en prêtant serment et jurant « devant Dieu et devant la Nation », il y a de l’imposture dans la « posture » que Mme Samba-Panza entend garder jusqu’à la fin de la Transition et l’appel au Peuple pour qu’il maintienne ou lui renouvelle une confiance qu’elle a trahie.

Je ne suis pas de ceux qui demandent la démission de Mme Samba-Panza comme l’intention m’en a été a prêtée par une certaine lecture de mon billet du 1 octobre 2014 : « Pourquoi et comment il faut en finir avec la Transition ». Je suis en revanche opposé aux manœuvres pour prolonger la Transition au-delà de son terme fixé au 15 février 2015 et pour retarder encore le lancement effectif du chantier de la construction de notre Pays.

MANDEKOUZOU-MONDJO

Longjumeau, 9 octobre 2014

 

Notes

(1)  Allocution du Général de Gaulle : 30 mai 1968

(2)   Le Bloc-Notes de François Mauriac : 14 juillet 1968.

(3) Mme Samba-Panza devant les Conseillers nationaux :

« Je me suis toujours positionnée en rassembleuse de tous les Centrafricains. Je resterais dans cette posture jusqu’à la fin de la transition que je souhaite voir aboutir le plus rapidement possible, en réaffirmant une fois encore que je ne serai pas candidate aux élections à venir. »

(4) « C’est de Gaulle », A. Peyrefitte de l’Académie Française, Editions de Fallois FAYARD, 1994.

(5) Dans un Commentaire : « Homo politicus » (Tout est politique) j’ai écrit ceci sur Mai 1968 :

« Deux philosophies de l’homme fondent et opposent le Capitalisme et le Communisme :même si l’histoire et les mouvements sociaux notamment ont pu les rapprocher l’un de l’autre comme deux formes égales de répressions, qui dépouillent les individus de leurs libertés : le Communisme, par la bureaucratisation excessive, qu’il développe et dont il semble s’accommoder ; le Capitalisme, parce qu’il crée des besoins artificiels, y assujettit les individus en mettant en place une incitation forcenée à la consommation qui appelle, à son tour, une surenchère en demande de production.

Le mouvement de Mai 1968 en France a été essentiellement une révolte contre la société de consommation inspirée par « l’Homme unidimensionnel » de Herbert Marcuse. Les partis politiques ont tenté quelques approches pour le récupérer. Le Capitalisme et le Communisme furent renvoyés dos à dos. Et les résultats des Législatives de la même année ont montré que le vent de la révolte ne soufflait pas pour eux. »

Plaidoyer pour des Bibliothèques publiques en R.C.A. Par Léon Kidjimalé Grant

Plaidoyer pour des Bibliothèques publiques en R.C.A.

Par Léon Kidjimalé Grant

Ah ! la Centrafrique ! Ah ! Bangui que je connais le mieux! Un Pays et/ou une ville sans une Grande Bibliothèque publique est un Pays et/ou une ville, sans cervelle et sans âme !  L’Éducation populaire, socle du vivre-ensemble, a besoin d’un Lieu où souffle l’esprit ! En Tunisie, mon ami qui occupe un poste important au Ministère de l’Éducation nationale, s’était laissé convaincre par moi! Ils ont même des bibliothèques.ambulantes qui desservent les provinces et les campagnes du Pays. Et oui ! Nul n’est prophète chez soi…

Ah! Centrafrique! Pays où les seuls lieux d’évasion sont les bars à alcool !

Comment n’ y a-t-on jamais pensé ? Il n’ y a rien ni une minuscule bibliothèque… C’est « merveilleusement » Navrant !

Pourquoi éduquer un Peuple que l’on veut abrutir ? Il y a peut-être une » nolonté » (négation d’une volonté) politique qui nous dépasse, car ceux qui ont été aux affaires successivement au Pays, sont loin d’être tous des idiots.

J’ai du mal à comprendre que quelqu’un qui avait fréquenté le Centre Beau-bourg,ou Georges Pompidou, etc… ou la Bibliothèque Sainte Geneviève (que j’affectionne), ou plus simplement les petites bibliothèques de quartier qu’il y a dans toutes les communes de France et de Navarre, n’ait point pensé voir quelque chose de telle dans son Pays…

Franchement pathétique !

Après que l’on ne s’étonne pas que cette Jeunesse détourne sa force de vie vers la bestialité ou la destruction !

Les trois dernières : celle du Centre Protestant qui m’a forgée, le Centre Culturel Français parti en fumée, et le Centre Culturel Américain où je m’y rendais les samedi perfectionner mon Anglais, ont tous fermé, plongeant ainsi les esprits jeunes dans l’obscurité…

A Bangui, je serai mort avant tout d’ennuis ou je me serai asséché et dégénéré progressivement …

Il y a certes Internet, mais cette marche vers les lieux où se trouvent des ouvrages anciens ou neufs et des lecteurs, ce silence, la lecture gratuite des journaux, ou simplement s’asseoir, se poser pour « tuer » le temps – est irremplaçable …

Je comprends donc les parents qui, de passage, veulent ou lorgnent d’envie ma superbe bibliothèque. patiemment constituée , et toujours inachevée …

NB : Il s’agit d’interpeller les autorités qu’une Bibliothèque nationale , donc publique , expression d’une volonté politique doit être construite. C’est une nécessité. Le Président François Mitterrand avait en son temps pris, seul, une telle décision, puis les moyens ont suivi.

LKG

Un Centrafrique à l’encan. Par B. MANDEKOUZOU-MONDJO

Un Centrafrique à l’encan. MANDEKOUZOU-MONDJO : 06/10/2014

B-MANDEKOUZOU-MONDJOSi, comme dans un jeu de miroir, nous cherchions à vérifier leurs angles d’incidence et de réflexion, le temps du Pays et le temps de ses Dirigeants s’ajustent comme la reproduction d’un dessin avec un calque qui a bougé : à la mesure des clivages, qui sont le lot des intérêts divergents.

Il est un temps pour tout :

Avant de récolter il faut avoir semé ;

Avant de consommer, il faut avoir produit…

Et dans cette perspective on peut concevoir que :

Le temps pour le Pays est celui de la poursuite des Objectifs du Millénaire pour le Développement ; mais aussi celui de vérifier où nous en sommes du parcours si nous sommes effectivement entrés dans l’aventure :

  • Combattre l’extrême pauvreté et la faim
  • Rendre l’enseignement primaire accessible à tous
  • Promouvoir l’égalité de genre et l’autonomisation des femmes
  • Réduire (de 2/3) la mortalité des enfants de moins de 5 ans
  • Améliorer (de ¾) la santé maternelle
  • Combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autres maladies
  • Assurer un environnement durable
  • Mettre en place un partenariat mondial pour le développement

Le temps pour le Pays est celui des actions et programmes que nous a tracés une feuille de route (Accords de Libreville revus à Ndjamena (Ndjamena I & II), puis Brazzaville) : c’est le temps de la pacification d’un Pays en proie à des rebellions à répétition : comme un préalable incontournable avant de rêver en Centrafrique d’un développement humain : social et économique.

La pacification du Pays avec sa sécurisation comme corollaire est déclinée dans tous les actes pour mettre fin à la circulation des armes, à l’état de guerre et au règne de la violence.

La pacification du Pays et sa sécurisation ne sauraient faire l’économie d’une déclaration de guerre à la guerre : la guerre en l’occurrence contre ce qui est appelé la « gangstérisation des mouvements politico-militaires » (1) ; la guerre sans complaisance contre l’impunité et pour la restauration de la justice.

Le temps pour le Pays est encore celui de la restauration de l’autorité et de la crédibilité d’un Etat capable et prêt à garantir un service de qualité aux citoyens.

Le temps pour le Pays est l’heure où il faut mettre au travail un Peuple enfin debout et décidé à prendre tout son destin en main.

Qui ne voit là que ce que j’appelle le temps pour le Pays circonscrit ce qu’est et doit être la politique ? J’écrivais dans un billet publié le 20/02/2013 :

« Amener les hommes à vivre dans un monde de raison est le but que poursuit la politique ; et la réflexion qui doit y conduire dans la situation actuelle de la République Centrafricaine est bien celle qui doit appeler à mettre un terme à la violence et à toutes les passions meurtrières. Ce combat, du fait des circonstances, apparaît prioritaire, mais n’en sera pas moins une étape avant ce qui est l’essence de toute politique : l’organisation de la Cité pour assurer la satisfaction de tous les besoins des citoyens » (2)

Mais qu’est-ce qui peut expliquer que le temps ainsi défini pour le Pays ne soit pas aussi le temps de ceux qui y aspirent et sont effectivement appelés à le gouverner ?

L’histoire de la République Centrafricaine est bien celle d’un bradage systématique où il nous est donné de voir que le temps pour le Pays est suspendu : cédant le pas au temps pour le partage des dépouilles et pour la prolifération maximale des profits des Dirigeants.

« Ils ont partagé le monde… Si tu me laisses l’uranium Moi je te laisse l’aluminium Si tu me laisses tes gisements, Moi je t’aide à chasser les Talibans Si tu me donnes beaucoup de blé, Moi je fais la guerre à tes côtés Si tu me laisses extraire ton or, Moi je t’aide à mettre le Général dehors»(3)

Je n’aurai pas l’hypocrisie de dire que toute ressemblance avec des situations passées ou présentes en Centrafrique ne serait que fortuite. L’histoire de Ngakola racontée par Guy des Cars se déroule bien en Centrafrique. (4).

C’est l’histoire d’un pouvoir qu’on occupe « pour se servir ». Il est arrogant et brutal : ce qui est tout indiqué pour susciter la colère et la révolte chez des administrés dès lors qu’ils n’en peuvent plus. Ils se sont donc soulevés et tuèrent Ngakola.

Est-ce l’histoire d’une tradition centrafricaine de l’exercice du pouvoir ? Nous avons vu et voyons tous les Dirigeants en Centrafrique courir à la curée. Il semble qu’ils ne connaissent qu’un temps : celui de l’enrichissement personnel sans frais. Et s’ils consentent un effort, il est tout entier dans l’art et l’habileté qu’ils développent pour accéder au pouvoir et, naturellement, pour le conserver : en ayant eu soin de s’offrir tous les meilleurs garde-fous souhaitables.

Le chantage à la partition est bien l’expression de la volonté de nos seigneurs de guerre d’établir un monopole sur les richesses du sol ou sous-sol des zones et régions qu’ils contrôlent.

Tout ceci est et demeure répréhensible, mais la répétition des situations ne saurait leur conférer le poids et la valeur d’us et coutumes établis ou d’une culture. Condamner chaque situation qui se présente ne dédouane pas les situations identiques du passé : car, les conditions étant identiques, les mêmes causes produisent et produiront les mêmes effets.

Il suffit que Mme Samba-Panza décide d’emboîter le pas et la « malgouvernance » de ses prédécesseurs pour que nous nous estimions en droit de lui dire : « halte là  » : au nom du Peuple et pour le Peuple !

Notes

(1)  Didier Niewiadowski : République centrafricaine ; Comment sortir de l’imbroglio ,

(2) SOZOWALA 20/02/2012 : Réaction  à un billet : Investir un futur désirable par M.Paul Henri Akibata Ketté.

(3) Tiken Jah Fakoly : « Ils ont partagé le Monde »

(4) Guy des Cars : Sang d’Afrique. Flammarion Editeur, 1969, pp. 141-142

MANDEKOUZOU-MONDJO